Témoignages

Monsieur, Ahmed Bouteldja Harkis de Rouen (Normandie)

Harkis de Normandie : « La page ne sera jamais tournée »

“Cela fait plus de cinquante ans qu’on pleure et personne ne nous écoute”. Dans sa petite maison de Cléon, Ahmed Bouteldja, 73 ans, montre ses médailles militaires mais son regard est triste. C’est celui du harki, portant en lui une cicatrice inapaisable.

Le 18 mars 1962, sa vie a basculé. Lui qui se battait pour la France est abandonné au milieu de son propre pays. Le Front de libération nationale (FLN) le pourchasse, l’arrête, l’humilie et le torture. Il s’évade puis fuit l’Algérie, sans autre alternative, direction la France, laissant derrière lui femme et maison. Epinal, Florange, Grenoble, Clermont-Ferrand, puis Rouen en 1967… Il tente de se reconstruire tant bien que mal, notamment grâce aux amitiés nouées avec d’autres  harkis rencontrés dans un foyer de Saint-Sever. Aujourd’hui, il préside l’Association des harkis de Seine-Maritime. Mais ces anciens combattants vieillissent, meurent, se lassent de ne pas recevoir de la France la reconnaissance qu’ils attendent tant. “Plus personne ne paye sa cotisation”, souffle Ahmed Bouteldja. Lui, est toujours fier de son passé. A chaque commémoration, il ressort les médailles et le béret. Car “c’est un honneur”, c’est tout.

JOURNAL INTIME

Mon histoire: « Moi c’est Farid l’Harki-ologue à la recherche de mon histoire ». Mon nom est Moussaoui Farid, je suis né le 19 Mars 1962 mais je fus enregistré à l’état-civil le 26 Mars 1962 quand mon Papa est allé en mairie Barbacha (Commune de Béjaïa) en Petite Kabylie. Je suis l’aîné des garçons d’un famille de 11 enfants: 4 garçons et 7 filles. Ma naissance a marqué le Cessez-le-Feu de la fin des évènements d’Algérie. Je devais être le symbole d’un avenir heureux. Mais il en fût tout autrement. Notre Père qui avait fait la guerre de 1939/1945 en tant que Tirailleur Algérien à Verdun et dans les Vosges, après le Cessez-le-Feu il a dû quitter l’Algérie et nous abandonner seuls pour sauver sa vie. Ne pouvant se résigner à nous laisser là-bas à notre triste sort, il décida de revenir en Algérie nous chercher quelques semaines plus tard avant qu’il ne soit trop tard.

Poème de Laura pour les Harkis.

HARKIS DESARMES (A tous les pères et toutes les mères Harki-e-s / d’après le chant de Boris Vian)

Monsieur le Président Je vous fais une lettre Que vous lirez peut-être Si vous avez le temps

Depuis que je suis née dans les camps de la honte J’entends le ciel qui gronde et ma mère pleurer

Monsieur le Président C’est un soldat de France Trahi dans sa confiance Jeté derrière les barbelés

Mon père se tord les mains C’est un Harki qui saigne Ta lutte est bien vaine L’Etat t’a renié

Depuis que je suis née J’ai vu mourir mes frères De froid et de misère Et les tombes se creuser

Depuis 56 ans J’ai vu se battre nos pères J’ai vu se battre nos mères Pour faire de nous des survivants

Monsieur le Président République qui abandonne Citoyens de seconde Harkis, valeureux résistants

Depuis que je suis née Vos paroles s’envolent Sans cesse nous immolent Et nos cœurs crucifiés

Monsieur le Président Du pays des droits de l’Homme Harkis qu’on abandonne Je dirais cela au gens

Nos pères désarmés Par leurs compagnons d’armes Sur ordre des Sans-Âmes Ont été sacrifiés

S’il faut lutter toujours Pour demander justice J’invoquerais Thémis, Jupiter et Némésis Monsieur le Président Du pays des droits de l’Homme Harkis qu’on abandonne Je dirais cela au gens

Laura

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