L’Engagement

L’ENGAGEMENT

Les motifs d’engagement des supplétifs sont divers et complexes. La question de l’engagement des supplétifs est indissociable de celle, beaucoup plus large, des procédés par lesquels l’armée française et le Front de libération nationale (FLN) ont cherché à s’assurer le ralliement des populations. Les raisons de l’engagement semblent davantage liées aux circonstances locales et historiques, que le fruit d’un véritable engagement idéologique.

Les différents motifs d’Engagement

La majorité des supplétifs s’est engagée pour protéger leur famille et maintenir la paix dans les villages contre les exactions de l’Armée de libération nationale (ALN). Transgresser les interdits posés par le FLN (fumer, chiquer du tabac, jouer aux cartes…) se soldait le plus souvent par la mort. « La majorité écrasante des hommes n’avait pas choisi de s’engager auprès de l’armée française pour tuer mais pour se protéger ou défendre leur famille de la terreur : ils avaient choisi la maladie qui laissait le moins de cicatrices sur la conscience. ». Par ailleurs, l’engagement des paysans dans les rangs de l’armée française s’inscrit dans un contexte économique marqué par une crise profonde de l’agriculture. Mais l’importance du facteur économique doit être tempérée dans la mesure où nombreux sont ceux qui s’engagent bénévolement dans l’unique but d’obtenir une arme pour défendre leurs familles ou leurs terres contre les actions de guérilla de l’ALN.

Trois Témoignages sur l’Engagement des Harkis

1- « Mes paysans, mes garde-champêtres, mes bergers de l’Ouarsenis sont devenus des guerriers parce que leurs pères, leurs enfants, leurs femmes égorgés, ils se sont défendus eux-mêmes contre leurs assassins… La formation des harkas n’est qu’une autodéfense d’une population que l’on veut forcer par le couteau et le fer à l’engagement politique. »

2- Un père, s’engage en 1956 : « il entend dire que des hommes s’engagent dans l’armée et dans la police française en échange d’une solde. Le notable du coin, le bachaga, encourage fortement les hommes du village à s’engager. Un père, qui n’a plus rien pour nourrir ses enfants, suit le mouvement. Il (…) postule pour un poste dans son douar : hélas, il y a peu de fellagas dans la région. Il signe alors un contrat de neuf mois, en Kabylie, où le FLN est bien implanté. L’officier l’affecte à un GMPR contre 250 francs par mois. Pour ma mère, c’est une fortune : elle n’a jamais vu autant d’argent. Pour mon père, c’est un travail comme un autre ».

3- « …, j’appris que nos pères ne s’étaient pas tous engagés auprès de la France pour les mêmes raisons. Certains l’avaient fait pour se protéger et se défendre, d’autres par tradition familiale, certains étant garde-champêtres ou caïds de pères en fils, d’autres comme les anciens combattants, par attachement à l’armée française. Enfin, certains s’engageaient tout simplement pour nourrir leur famille qui vivait souvent dans une misère aggravée par la guerre. Pour beaucoup, prendre l’uniforme de l’armée française n’était pas de l’ordre de l’interdit puisque certains l’avaient déjà endossé pendant la Seconde Guerre mondiale et même pendant la Première pour les plus âgés. Ceux-là n’avaient pas l’impression de trahir, ils avaient déjà été supplétifs de l’armée française ».

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